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 Le chant des sirenes

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Schultzy

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MessageSujet: Le chant des sirenes   Lun 31 Aoû 2009 - 16:30

Je vous rassure tout de suite, ce n'est pas moi qui ait écrit cette nouvelle :noel:
Elle se trouvait sur l'ancien site de Games Workshop. Malheureusement beaucoup des "petits plus" de l'ancien site ne sont pas sur le nouveau, dont cette nouvelle ayant pour héros des catachans: "le chant des sirenes" (si quelqu'un connait l'auteur qu'il le dise, j'ai pas réussi à trouver)
********************


Une seconde détonation retentit et les eaux saumâtres du marécage furent secouées par les spasmes d'agonie du serpent géant. Un concert de cris d'oiseaux et de hurlements de primates arboricoles retentit comme pour protester contre autant d'agitation, les eaux se teintèrent du sang de la créature et retrouvèrent peu à peu leur calme. Le lieutenant Green tendit le fusil toujours fumant au sergent Barnes et entreprit de s'extirper de la boue en s'accrochant aux racines des arbres tropicaux.
"Nous ferions mieux de ne pas nous attarder," dit Green aux hommes de son peloton tout en passant sa main dans sa barbe de huit jours. "Tout ce raffut va sûrement attirer du monde."
Il commença à s'éloigner du marais à travers les sous-bois et sortit de sa ceinture une vieille carte tracée sur un parchemin. Il s'arrêta pour déplier la carte sur la grande feuille d'un végétal local, examina les notes griffonnées sur la marge et suivit de son doigt un trait rouge censé symboliser un sentier.
"Cette carte est tellement vieille !" soupira-t-il. Il la chiffonna d'une main et la jeta en direction du marais. "Cure-dent, trouve-nous un chemin pour contourner ce gourbi."
Répondant à l'ordre de leur lieutenant, les hommes de l'escouade de reconnaissance se levèrent et disparurent entre les arbres. Green voulut profiter de cet instant de répit pour récupérer un peu mais Skorp, l'opérateur radio, s'approcha de lui.
"Je viens d'avoir le QG de compagnie, mon lieutenant," dit Skorp en enlevant le casque de ses oreilles.
"Et qu'est-ce qu'ils disent de beau ?" demanda Green en essuyant d'un revers de main la sueur qui perlait sur son front.
"Une navette de la flotte vient d'avoir un problème. Le capitaine pense qu'elle s'est écrasée à quelques kilomètres d'ici, vers le nord." poursuivit Skorp.
"Et puis ?" insista Green.
"Il veut que nous y allions pour sécuriser la zone le temps qu'ils envoient du monde pour récupérer les survivants."
"OK, rappelle-moi Cure-dent et dis-lui de nous trouver un chemin vers le nord," ordonna Green en se redressant et en faisant un signe au sergent Barnes.
"Il y a autre chose, mon lieutenant," continua Skorp à voix basse. "Lorsque la navette a amorcé sa descente, le pilote a signalé des troupes ennemies sur la route de Boden et venant droit sur nous."
"D'autres bonnes nouvelles de ce genre ?" interrogea Green.
"Non, c'est tout !" répondit Skorp en affichant un léger sourire.

L'épave de la navette fut assez facile à trouver, elle avait ouvert une tranchée entre les arbres, large de cinquante mètres sur plus de deux cent. L'appareil faisait dix bons mètres de long et gisait légèrement incliné sur le côté, son nez s'était écrasé comme du papier contre un amas de troncs éclatés et de boue. Les ailes se trouvaient à une vingtaine de mètres du fuselage et le carburant libéré lors de l'impact avait allumé ça et là quelques foyers d'incendies qui ne risquaient pas de s'étendre beaucoup dans cette végétation humide.
Cure-dent et les hommes de sa patrouille étaient déjà en position autour de l'épave et Green ne put percevoir aucun autre signe de vie provenant de l'épave ou de la jungle environnante. Convenant que la zone était sûre, il fit un signe et son peloton sortit progressivement à découvert.
Chaque unité prit position afin de couvrir toutes les directions et Green courut en direction de l'épave, suivit de son escouade QG. L'avant du fuselage était noirci et la coque rayonnait encore de la chaleur emmagasinée lors de son entrée dans l'atmosphère de Darwin II. Le métal craquait en se refroidissant dans l'air humide de la jungle, Green repéra une échelle et une écoutille située juste en avant des moteurs et s'en approcha tout en scrutant la jungle en quête du moindre signe de danger. Les échelons étaient encore chauds mais pas au point de l'empêcher de grimper et Green escalada l'échelle en prenant bien garde de rester collé le plus possible à la tôle. Il sortit son long poignard, l'arme caractéristique des gardes de Catachan, en inséra la lame entre l'écoutille et la coque et pesa de tout son poids pour faire céder le système de verrouillage.

Il entendit alors du bruit de l'autre côté de la cloison et vit le volant de fermeture se mettre à pivoter. Green se laissa tomber de quelques échelons et se tint prêt à toute éventualité. L'écoutille s'ouvrit en émettant des bruits de métal tordu, il bondit, attrapa fermement l'homme à la gorge et posa la pointe de son poignard sur sa carotide.
"Vous êtes ?" dit le Catachan entre ses dents.
"Ab... Absolam Berin, pilote de première classe !" répondit l'homme en fixant d'un regard inquiet la lame résolument pointée sur sa gorge. Green desserra son emprise et poussa le pilote à l'intérieur de la navette tout en rengainant son poignard.
"Parfait," dit Green d'une voix rassurante. "Vous êtes en sécurité, on va s'occuper de vous. Il y a d'autres survivants à part vous ?"
"Tout le monde, trois personnes en tout." répondit Berin en se frottant le cou rougi par la poigne d'acier du lieutenant.
"Tout le monde ?" s'étonna Green. "Une navette entière pour transporter juste trois personnes ? Ça doit être du beau linge !"
Une voix haut perchée sortit alors du compartiment de la navette. "Pilote, que se passe-t-il ?"
"Je suis le lieutenant Green, monsieur, troisième compagnie du 24e Catachan," répondit Green à voix haute. "Je suis là pour vous protéger jusqu'à ce qu'une autre navette vienne vous récupérer."
Une silhouette apparut dans l'ouverture. C'était un homme assez corpulent, vêtu d'une tunique mauve et d'un pantalon noir très serré. Il semblait ne pas avoir souffert du choc mais était visiblement plus incommodé par la chaleur ambiante et se tamponnait la nuque et le front avec un mouchoir de soie.
"Et vous, vous êtes ?" demanda Green et avançant dans la coursive.
"Comte Léopold Aleusis del Rio," annonça l'homme d'une voix un peu trop hautaine au goût de l'officier. "Attaché militaire du Gouverneur Los Alberingo auprès des forces impériales."
"Et qui donc est l'autre passager ?" demanda Green en regardant le Comte de travers, tout en aidant le pilote à s'extirper de la carlingue.
"Je suis accompagné par Nostradimicus, Archi-Devin de la Scholastica Psychana ," répondit le Comte del Rio. "Son excellence s'est un peu blessée à la tête dans l'accident et est en train de se soigner dans la cabine."
"Je vais demander à deux de mes hommes de venir l'aider." dit Green en faisant signe au gros diplomate de quitter la navette, puis il cria ensuite au sergent Barnes de lui envoyer deux hommes pour s'occuper de l'Archi-Devin. Aussitôt del Rio arrivé sur le sol, Green le suivit et se laissa glisser au bas de l'échelle.
"Une fois tout le monde dehors, on se replie dans la jungle." dit Green au sergent Barker. "Et trouve-nous un endroit pour bivouaquer." poursuivit-il en jetant un oeil sur le soleil de Darwin qui n'était plus très loin de l'horizon.
Barker et ses hommes s'enfoncèrent entre les arbres pendant que Green faisait le point de la situation. Il lui fallait rester à proximité du lieu de l'accident afin de pouvoir embarquer rapidement les rescapés dans la navette de secours, mais l'ennemi n'allait pas tarder à repérer l'épave et il était déjà probablement en train d'encercler tout le secteur. C'était une question de minutage. Si la navette arrivait rapidement, ses hommes et lui pourraient passer au travers des mailles du filet, même s'il fallait pour cela jouer du poignard. Si l'ennemi les trouvait avant la navette, il leur faudrait s'ouvrir un passage d'une manière bien moins discrète.
Green n'avait toujours pas pris sa décision lorsqu'une écoutille de secours de la navette s'ouvrit violemment. Il vit Woods et Alleaf aider un personnage portant une longue robe à sortir de l'épave. Une fois au sol, les deux hommes lâchèrent l'Archi-Devin qui se redressa de toute sa taille, le personnage dépassait les Catachans d'une bonne tête. Il rejoignit le lieutenant, le pilote et le Comte en quelques grandes enjambées, s'inclina légèrement devant l'officier et retira son casque. Son visage et son crâne étaient totalement imberbes et recouverts de nombreux tatouages. Des symboles arcaniques, des chiffres, des hexagones et des pentacles étaient dessinés en encre rouge, bleue et pourpre et recouvraient toute la surface de sa peau jusqu'au cou. Un peu de sang rouge coulait d'une légère entaille ouverte sur sa tempe droite. Les yeux du psyker étaient d'un mauve profond et lorsqu'il posa son regard sur le lieutenant, le vétéran de Catachan dut réprimer un frisson d'horreur.
"Ah, Gabriel," dit l'Archi-Devin d'une voix douce tout en affichant un large sourire. "Merci pour votre aide."
"On se connaît ?" demanda Green, surpris par autant de familiarité.
"En quelques sortes, lieutenant." répondit le psyker tout en continuant de sourire.
"Sortez de mon esprit." grogna le lieutenant, sa main allant instinctivement se poser sur la garde de son poignard.
"Désolé," s'excusa Nostradimicus en reculant d'un pas et en joignant les paumes de ses mains. "Vous projetez vos pensées comme une balise en pleine tempête, je ne voulais pas être indiscret. Vous avez une assez forte. personnalité, pour un non-initié."
"Parfait. A partir de maintenant, occupez-vous de vos affaires." l'avertit Green.

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MessageSujet: Re: Le chant des sirenes   Lun 31 Aoû 2009 - 16:32

Ils avaient pas mal progressé à travers la jungle, malgré les protestations et les gémissements ininterrompus de del Rio. Cure-dent avait trouvé une petite colline à quelques kilomètres du point d'impact et lorsque le reste du peloton arriva sur place, Green constata que les hommes étaient déjà en train d'établir le campement.
"Barnes !" cria Green au sergent de la première escouade. "Je veux un périmètre de sécurité sur cinquante mètres. Couvrez-moi toutes les directions, je ne veux aucune surprise cette nuit."
Barnes fit signe qu'il avait compris, rassembla ses hommes qui commencèrent à sortir des charges explosives de leurs sacs pour aller les placer dans la jungle. Le lieutenant trouva Skorp au centre du campement.
"Des nouvelles de cette navette ?" demanda-t-il en appréciant d'un regard connaisseur le toit de branchages improvisé.
"Le capitaine a dit que les coordonnées du crash avaient été transmises aux gars de la flotte," répondit le radio. "Ils le contacteront dès qu'ils seront prêts."
"Tiens-moi au courant." conclu Green. S'il lui fallait à nouveau traîner avec lui le sorcier et le gros aristo à travers la jungle, il voulait le savoir le plus tôt possible.

Plusieurs réchauds de campagne, des petits récipients alimentés par des cellules énergétiques, étaient déjà en service. Ces appareils ne dégageaient aucune lueur ou fumée pouvant être repérée par l'ennemi ou des prédateurs locaux. Quelques hommes étaient occupés à dépecer des lézards d'un mètre de long, appelés dos-jaune, qu'ils avaient chassés en chemin. Ces lézards constituaient le plat de résistance le plus courant sur Darwin II, autant pour les humains qui vivaient là que pour d'autres créatures. Green aperçut Cure-dent en train de faire rôtir une patte de dos-jaune en la tenant plantée à l'aide de son poignard au-dessus d'un réchaud. Écartant de la main les feuillages d'un énorme buisson, le lieutenant vint s'asseoir près du sergent de la patrouille, c'est alors qu'il constata que del Rio et Nostradimicus l'avaient suivi. Tous deux s'assirent face à lui, de l'autre côté du réchaud. Green chercha Berin du regard et le trouva à quelques pas de là, en pleine conversation avec quelques gars de l'escouade Barker et déballant une ration de campagne qu'il avait sortie d'une poche de sa veste de pilote.
"Ça baigne, Cure-dent ?" demanda Green, en attrapant l'autre cuisse du lézard et en l'empalant sur la pointe de son poignard pour la faire cuire au-dessus du réchaud.
"On fait aller, mon lieutenant." répondit le sergent. "C'est plutôt touffu, par ici, mais pas autant que la Vallée de la Mort , sur Catachan."
Green allait acquiescer lorsqu'il fut interrompu par del Rio.
"Kurdan ? Ce n'est pas un nom Catachan, vous êtes de quelle origine ?" demanda le gros diplomate en se penchant en avant pour renifler la viande en train de cuire.
"C'est pas mon vrai nom," marmonna le sergent entre ses dents tout en faisant mine de se concentrer sur sa cuisine.
"Vous voulez que je vous raconte ?" rigola le lieutenant. "On était sur Oiho avec le sergent Murke, ici présent. On s'y battait contre des peaux vertes de la pire espèce. On aurait dit que ces gars-là sortaient de la préhistoire avec leurs arcs et leurs massues faites en os. Ils avaient aussi des lances bizarres avec des pointes larges comme ma main. Le sergent Murke avait décidé de les appeler cure-dents et prétendait qu'elles n'avaient pas plus d'efficacité que cela au combat. Un jour, notre brave sergent Murke était en patrouille lorsqu'il tomba sur une bande d'orks, et l'un d'eux lui sauta dessus avec son cure-dent. Montre-leur, sergent."
Cure-dent déboutonna sa chemise pour dévoiler une cicatrice qui courait sur quinze centimètres en travers de sa poitrine.
"Un peu plus, et il m'ouvrait le coeur," commenta le sergent sur un ton de reproche.
"Et nous l'avons donc surnommé Cure-dent," poursuivit le lieutenant en rigolant tout en tournant méthodiquement la cuisse de dos-jaune au-dessus du réchaud.
Nostradimicus pouffa en silence alors que del Rio rougissait de confusion.
"Passer si près de la mort n'a rien de drôle !" protesta le diplomate.
"Plus drôle que d'être tué pour de bon," murmura Cure-dent avant d'enfourner une bouchée de viande.
"Vous devez comprendre une chose," dit Green au diplomate. "Vous ne connaissez pas la jungle. Vous, vous vivez dans des villes de béton préfabriquées qui se ressemblent toutes et où vous êtes plutôt en sécurité. Nous, nous sommes nés dedans. Sur Catachan, vous ne pouvez pas rester trop longtemps au même endroit car la jungle envahit tout et il ne faudrait même pas cinq années pour que les arbres recouvrent toutes vos belles constructions. C'est comme si la planète tout entière voulait vous engloutir, et quand une planète est contre vous, vous ne pouvez pas faire grand-chose."
Green piqua de son couteau un autre morceau de dos-jaune avant de poursuivre.
"Catachan est plutôt un sale endroit, vous savez. Les gens y tombent comme des mouches et vous pouvez à tout moment servir de repas à toutes sortes de bestioles. Les ouvriers étrangers qui viennent y travailler vivent dans l'angoisse perpétuelle. Ils sont sans cesse en train de regarder par-dessus leur épaule et ne restent jamais chez nous bien longtemps. Nous, les vrais Catachans, nous ne pouvons passer toute notre vie à avoir peur de la mort. On apprend très tôt que tout le monde meurt un jour ou l'autre et c'est ce que vous faites entre temps qui importe vraiment. Nous prenons donc tout ceci avec philosophie. Vivre aussi proche de la mort nous rend plus tolérant vis-à-vis d'elle et c'est pour cela que nous prenons ce genre d'histoire toujours à la rigolade."
"Intéressant." murmura del Rio d'un ton qui disait long sur la sincérité de ses mots.
La graisse du dos-jaune crépitait sous la cuisson et Green porta le morceau de viande à son nez pour la renifler. Satisfait de son ouvre, il allait en croquer une bouchée lorsqu'il remarqua que del Rio lorgnait bizarrement sur son dîner.
"Vous n'aviez embarqué aucune nourriture dans la navette ?" demanda le lieutenant en abaissant son couteau.
"Nous pensions qu'il y en avait à bord," répondit le diplomate vaguement gêné.
"Prenez donc un morceau de dos-jaune," l'invita Green en lui tendant son poignard. "Je vous préviens, ça n'a rien à voir avec ce qu'on vous sert à la table du Gouverneur, mais c'est mangeable."
"Merci. J'ai sur moi quelques douceurs qui devraient me suffire jusqu'à l'arrivée des secours." répondit del Rio en reculant tout en continuant de fixer le morceau de viande embroché sur la lame du lieutenant.
"Nostradimicus, vous en voulez ?" proposa Green en tendant son poignard au membre de la Scholastica Psychana.
"Non, merci, je préfère... m'abstenir," refusa courtoisement le psyker en ouvrant une main aux doigts effilés. Green remarqua alors que ses ongles étaient d'une longueur telle qu'ils commençaient à former des vrilles. Chacun d'eux portait les mêmes symboles que ceux qui recouvraient le visage du personnage. Le lieutenant les regarda pendant quelques secondes puis se tourna vers Cure-dent.
"Je te parie une garde de nuit qu'avant que cette fameuse navette n'arrive, au moins un de ces jolis ongles sera cassé," murmura-t-il dans l'oreille du sergent.
"Hum... Pas si sûr, ils ont plutôt bien supporté l'accident," marmonna Cure-dent. "Ça marche, une garde de nuit."
Barnes arriva à ce moment et vint s'accroupir à côté du lieutenant.
"Nous avons mis des mines bondissantes et à dispersion en bas de la colline," annonça le sergent. "Knott et Palm sont grimpés sur des arbres à l'ouest et à l'est. Si quelqu'un essaie de passer, il déclenchera les explosifs qui sont tous reliés entre eux et on aura un beau feu d'artifice !"
"Parfait," dit Green. "Je ne sais pas quand nous devrons nous rendre au point de récupération, tu devrais faire souffler tes hommes pendant qu'ils le peuvent. Cure-dent, ton escouade prendra le premier tour de garde, tu te feras relever par Barker."
Les deux sergents acquiescèrent d'un hochement de tête et rejoignirent leurs unités. Green vit del Rio et Nostradimicus s'enrouler dans des couvertures prêtées par deux gardes et lui-même s'installa du mieux qu'il le put pour passer la nuit.

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MessageSujet: Re: Le chant des sirenes   Lun 31 Aoû 2009 - 16:33

La nuit tomba rapidement et les étoiles brillèrent par les rares ouvertures laissées entre les arbres. Sous ces latitudes bien plus proche du bras occidental de la galaxie, les étoiles étaient plus nombreuses que celles visibles sur Catachan et d'un âge nettement moins avancé. Pour le lieutenant Green, habitué à dormir dehors sur son monde natal, les astres visibles sur Darwin semblaient étrangement blancs. Ce monde-ci ne possédait pas non plus de lune, et cela perturbait un peu Green qui avait l'habitude de voir au moins un des trois satellites naturels briller dans le ciel nocturne de Catachan. Trois fois par an, les trois lunes étaient même alignées et la nuit était alors presque aussi claire que le jour.
Tout en contemplant le spectacle que lui offrait le ciel, Green écoutait les bruits de la jungle environnante. Il identifia le cri sporadique de la chauve-souris hurlante, le rugissement lointain d'un prédateur local et le hululement incessant des singes chauves. Portant sa gourde à ses lèvres, le lieutenant vit que Skorp avait ses écouteurs collés sur les oreilles et recevait visiblement un message.
"Mon lieutenant," chuchota Skorp en agitant une main qui n'avait plus que trois doigts, les deux autres étant restés dans la gueule d'un animal alors qu'il était gamin. "C'était le capitaine. La navette est en route. Nous devons aller sur la route de Boden pour l'embarquement, à trois kilomètres vers l'est. J'ai la fréquence radio du pilote au cas ou nous devrions le contacter. Il devrait se poser dans une heure, il nous attendra autant qu'il pourra et..."
Green interrompit Skorp d'un geste de la main car son subconscient venait de lui indiquer qu'il se passait quelque chose d'anormal. Les deux hommes scrutèrent l'obscurité et c'est Skorp qui identifia le premier le problème.
"Les singes chauves. Ils ne chantent plus." murmura-t-il en pivotant lentement sur sa gauche pour attraper le fusil laser qu'il avait posé contre un arbre.
Green chercha entre les feuilles des arbres et put voir Knotts sur sa gauche, et Palm sur sa droite. Les deux snipers avaient visiblement eux aussi remarqué que quelque chose clochait et firent un signe de la main pour indiquer à leur officier qu'ils étaient en alerte. Knotts épaula son arme pour repérer toute présence ennemie à l'aide de son système de visée. Skorp et Green réveillèrent un à un les sergents qui à leur tour réveillèrent les hommes de leurs escouades respectives. Pas un seul mot ne fut prononcé même si Cure-dent dut bâillonner del Rio de la main pour qu'il se réveille en silence. Nostradimicus interrogea l'officier du regard qui, portant sa main à son oreille, lui faire signe d'écouter.

Green sentait que la jungle autour de lui avait changé. L'atmosphère était lourde et la tension flottait dans l'air comme une brume matinale. Les hommes levaient le camp en parfait silence, surveillant le moindre buisson, prêts à l'action. Tous les sens du lieutenant étaient en éveil. Sa respiration se ralentit et son cour, surchargé d'adrénaline, battait contre sa poitrine.
il ne fallut que peu de temps aux sergents pour signaler que leurs escouades étaient prêtes à faire mouvement mais ce temps sembla pourtant une éternité pour le lieutenant Green. Dans la jungle, rester au même endroit trop longtemps était suicidaire et il y avait toujours des moments critiques comme lorsqu'il faut s'arrêter ou se mettre en marche. C'est toujours à ces moments-là que les hommes sont les moins vigilants et Green savait cela car lui-même ne comptait plus les raids lancés sur des positions ennemies durant ces huit années de service dans la Garde Impériale. L'adversaire avait été presque à chaque fois balayé par la violence et la soudaineté de l'attaque.
Il fit passer le mot de se diriger vers la route de Boden dans l'ordre de marche habituel, avec l'escouade de Cure-dent en tête. Barnes et ses hommes avaient neutralisé quelques-uns des pièges qu'ils avaient posé afin que le peloton puisse passer et ils étaient occupés à les remettre en place sur d'autres chemins menant vers la route. Si l'ennemi voulait suivre les Catachans à la trace, il tomberait sur ces mines. Satisfait que tout soit en place, Green donna l'ordre de marche et, une par une, les escouades passèrent dans l'ouverture entre les pièges pour s'enfoncer dans la jungle. Laissant Barnes et ses hommes en arrière-garde, Green mena son escouade QG en s'assurant qu'ils ne laissaient derrière eux aucun signe de leur passage. Il avait confié à Skorp la mission de veiller sur del Rio alors que Slanter, son lance-flammes passé en bandoulière, devait rester aux côtés de Nostradimicus. Le lieutenant ne voyait pas le pilote Berin et il supposa qu'il était resté avec les hommes de l'escouade Barker. Jetant un dernier regard sur le sergent Barnes, il disparut entre les arbres.

Ils n'avaient marché que quelques minutes lorsque retentit la première explosion. Green s'arrêta et fit signe au reste de l'escouade de continuer. Il se retourna et s'accroupit sur le bord du chemin en guettant le moindre mouvement. Il perçut quelque chose légèrement sur sa droite et épaula son bolter, retenant sa respiration. Il resta ainsi immobile plusieurs secondes puis reconnut le visage de Barnes, couturé de cicatrices. Abaissant son arme, il attendit le sergent. D'autres détonations brisèrent le silence en provenance du campement déserté et Green comprit que les pièges avaient été déclenchés. Les mines bondissantes et les mines directionnelles, dissimulées par la végétation, explosaient les unes après les autres en projetant leurs éclats mortels sur une large zone. Malgré ce vacarme, la jungle alentour était étrangement calme. Aucun oiseau ne piaillait et aucun singe ne criait. Ce silence était anormal.
"On est partis juste à temps," dit Barnes à Green en indiquant de la tête la direction de l'ancien campement. Il respirait amplement et la sueur perlait sur ses épaules. "J'ai pas eu bien le temps de les voir, mais je crois que c'était des zombies."
"Les pièges ne vont pas les retenir bien longtemps, alors," grimaça Green. "Mais ils ne vont pas nous suivre rapidement non plus. OK, fais passer le mot d'accélérer."
Barnes plongea entre les arbres, Green courut pour rattraper sa propre section et fit signe à ses hommes d'accélérer le mouvement. Avec un peu de chance, la navette attendait déjà sur la route et tout le monde pourrait y embarquer avant que l'ennemi ne leur tombe dessus. Il frissonna quand même en pensant à qui il avait affaire. Il n'avait jamais vu de près un de ces extraterrestres, mais il savait qu'il valait mieux ne pas se laisser prendre vivant. Il n'était pas certain de ce que les Sirènes faisaient à ceux qu'elles capturaient, mais tout ce qu'il savait c'était que ses hommes et lui se battaient contre des combattants qui avaient été jadis des gardes impériaux comme eux, parfois des Catachans ou des hommes du régiment de Jurian qui était engagé dans les montagnes plus à l'ouest. Ces pauvres bougres n'étaient plus que des cadavres ambulants au regard totalement vide et à la démarche mécanique. Ils n'avaient peur de rien et étaient même dépourvus de toute émotion, continuant à avancer malgré les pertes et en murmurant des sons incompréhensibles. Ils lui rappelaient les morts vivants des histoires que sa mère lui racontait quand il était enfant. Inquiet comme il l'avait rarement été, Green se retourna à nouveau lorsqu'il entendit au lointain une autre explosion.

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MessageSujet: Re: Le chant des sirenes   Lun 31 Aoû 2009 - 16:35

Le lieutenant courait presque en zigzagant entre les énormes troncs des arbres de Darwin II. Skorp tirait le gros del Rio par la chemise tout en portant sur le dos le poste radio, Nostradimicus, par contre, avait une attitude totalement différente. Ses longues jambes semblaient le porter sans aucun effort et il suivait sans difficulté l'allure des natifs de Catachan. Green était essoufflé lorsqu'il retrouva Cure-dent. Le sergent était accroupi derrière une souche d'arbre, à une vingtaine de mètres de la lisière des arbres, juste avant la route qui menait à la capitale. Il avait déployé son escouade dos à celle-ci afin de pouvoir couvrir la retraite du reste du peloton.
"Aucun signe de la navette ?" demanda l'officier entre deux respirations, même s'il se doutait déjà de la réponse.
"Aucun," répondit le sergent de la patrouille en scrutant la jungle dans la direction d'où venait le lieutenant. Green se tourna vers Skorp qui comprit immédiatement ce qu'on attendait de lui, attrapa le micro de sa radio et y dit quelques mots. Après quelques secondes d'attente, il eut une réponse.
"La navette est partie comme prévu," dit-il en haussant les épaules d'un air étonné. "Elle devrait déjà être là. Le capitaine rappelle les gars de la flotte et il nous tient au courant."
Green avait deux options. Il pouvait attendre sur place que la navette arrive, si jamais elle arrivait. Il pouvait d'autre part ne plus s'occuper de la navette et se diriger vers la base de son régiment située à une semaine de marche en direction de l'est. Il était toujours en train de s'interroger lorsqu'il remarqua la silhouette massive de del Rio, affalée contre un arbre, le visage rouge comme un Lotus de Catachan, le souffle court et transpirant abondamment. Le gros diplomate n'était visiblement pas taillé pour ce genre d'exercice et il ne survivrait pas à une autre journée passée dans la jungle, encore moins à une semaine entière. Green prit sa décision et fit signe à ses sergents de le rejoindre.
"OK," annonça-t-il à Barnes, Cure-dent, Barker, Forest et Grave. "On attend ici encore une heure. Si d'ici là la navette n'arrive pas, on rentre à la maison à pied."
"L'ennemi sera là dans moins d'une heure," fit remarquer Barnes d'une voix sombre.
"Alors espérons que cette maudite navette sera là avant !" lança Green.
"Mon lieutenant, je viens d'avoir le capitaine." Intervint Skorp. "La navette est bien en route, mais elle est prise dans un orage. Le pilote a du mal à diriger l'appareil, il sera là dans une trentaine de minutes, mais si l'orage s'abat ici avant, il ne pourra peut-être pas atterrir du tout."
"Gardez-moi tout le monde en alerte," dit Green à ses sergents. "Au premier problème, on décroche. Personne ne joue au héros, compris, Cure-dent ? On ne sait pas combien ils sont." Les sergents firent signe qu'ils avaient compris et chacun rejoignit son unité.
"Vous deux !" dit Green en pointant du doigt del Rio et Nostradimicus. "Vous me collez aux basques, vous faites exactement ce que je dis et rien d'autre ou je vous botte le train. Vu ?"
Les Catachans se dissimulèrent dans les sous-bois et peu à peu, le vent se leva. Les premières gouttes de pluie tombèrent entre les arbres et Green sentit la température chuter légèrement. Les branches s'agitèrent de plus en plus et d'épais nuages masquèrent les étoiles. L'orage venait droit sur eux. Des trombes d'eau commencèrent à s'abattre sur la route, alors que les Catachans protégés sous les arbres furent épargnés pendant quelques minutes, le temps que les feuillages au-dessus de leurs têtes ne soient gorgés d'eau et que celle-ci ne commence à leur tomber dessus. Les vents se renforcèrent encore, agitant furieusement la cime des arbres et Green entendit le premier roulement de tonnerre lorsque la foudre tomba à quelques kilomètres de là.
C'est au milieu de cette tourmente que Green eut la sensation d'une présence étrangère. Il écarquilla les yeux pour voir à travers l'obscurité mais ne put rien discerner du tout, ce qui ne l'empêcha pas d'avoir la chair de poule en se sentant ainsi observé. Son subconscient perçut un autre esprit tout proche et qui semblait traquer une proie. Il connaissait parfaitement cette sensation et c'était le signe évident de la proximité d'une ou plusieurs Sirènes. Elles utilisaient la puissance de leur esprit pour repérer leurs ennemis et les forcer à se dévoiler. Green serra les dents lorsqu'il sentit l'aura extraterrestre planer juste au-dessus de lui.
Cela ressemblait à une centaine de petits craquements qui s'insinuaient entre ses pensées et qui submergeaient son âme. Un instant plus tard, cette sensation avait disparu et il sentit une douce chaleur envahir son corps. C'était l'instant critique, le signe qu'il tombait sous l'influence des extraterrestres, et même si une partie de son cerveau comprenait parfaitement ce qui se passait, une autre était hypnotisée par des flots de pensées féeriques. Doucement, inexorablement, cette partie de son esprit qui savait que ces visions n'avaient rien de réel perdit pied, et le lieutenant Green quitta les jungles de Darwin.
Il se retrouva enfant, à peine âgé de trente saisons et jouant à cache-cache avec ses sours. Il s'était dissimulé sous un buisson épineux comme il en poussait beaucoup sur sa planète natale. Le lieutenant pouvait voir comme de ses propres yeux le village dans lequel il avait grandi sur Catachan. Il vit la trentaine de huttes sur pilotis qui surplombaient de quelques mètres le sol de la jungle et dont les toits arrivaient à hauteur des premières branches des grands arbres. Il vit l'enclos des Grox, tout très de la hutte de son oncle Lanner, et entendit les grognements incessants des animaux qui se mélangeaient aux autres sons du village et aux bruits de la jungle environnante. Il entendit le rire des enfants et les cris des éperviers noirs.
Il pouvait même voir que la jungle était peu à peu en train de récupérer le terrain que les hommes lui avaient dérobé. Des racines enchevêtrées recouvraient le sol, la mousse et le lierre partaient à l'assaut des pilotis, en coloriant certains en jaune, d'autre en rouge ou en violet. Son attention fut attirée du côté de la pompe et il vit Kaitlin remplir une vasque d'eau purifiée. Elle portait une robe toute simple et avait attaché ses cheveux sur sa nuque. Tout le monde disait qu'elle était trop vieille pour lui, mais il connaissait la nature de ses sentiments envers lui.
Sa mère l'appela pour le déjeuner. Il pouvait sentir l'odeur du grox rôti et entendre les appels de plus en plus insistants. Le jeune garçon hésita cependant à bouger car si ses sours l'attrapaient, il devrait effectuer leurs corvées de la journée. Le fumet de la viande cuite mélangée aux épices et aux herbes de Catachan parvenait jusqu'à lui et lui donnait l'eau à la bouche.
"Gab ?" appela à nouveau sa mère. "Gabriel Green, viens ici immédiatement !" Il se décida à se lever et s'écorcha légèrement l'avant-bras gauche sur les épines du buisson. Serrant les dents, il se rassit et vit qu'il saignait un peu. Heureusement que ce buisson n'était pas vénéneux. Une de ses corvées journalières était de brûler les plantes dangereuses poussant dans l'enceinte du village. Sur un monde comme Catachan, recouvert d'une végétation aussi vivace, c'était un combat quotidien. Quelques feuilles bougèrent sur la droite de Gab et il vit les pinces et la tête d'un scorpion glabre qui venait droit sur lui, visiblement attiré par l'odeur du sang frais. Une morsure de cet animal pouvait étourdir un grox adulte et aurait foudroyé net un enfant comme Gab. Il voulut se lever et s'enfuir à toutes jambes mais c'était la pire chose à faire car cela aurait attiré encore plus l'attention de l'insecte géant sur lui. Il resta donc assis, presque paralysé par la peur et retenant sa respiration pendant que le scorpion approchait. Celui-ci n'était pas le plus gros qu'il ait vu, mais il faisait quand même une quinzaine de centimètres de long. Sa queue était repliée au-dessus de son dos, mais contrairement à des espèces similaires natives d'autres planètes, elle n'était pas terminée par un dard mais par une sorte de bouche hérissée de crocs venimeux. C'était ainsi que cet animal se nourrissait. Le scorpion glabre n'était plus très loin du bras gauche de Gab qui déplaça doucement sa main droite pour attraper une des branches qui jonchaient le sol. Il trouva ce qu'il cherchait et, d'un vif mouvement du bras, vint frapper le scorpion par le côté. Le choc retourna l'insecte géant qui présenta alors son ventre dont la carapace n'avait pas la robustesse de celle de son dos et, avant que le scorpion ne pût se remettre sur ses pattes, la branche l'avait frappé violemment à plusieurs reprises, lui fracassant l'abdomen.

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MessageSujet: Re: Le chant des sirenes   Lun 31 Aoû 2009 - 16:36

Respirant à nouveau, Gab se remit lentement sur ses pieds, égratignant une nouvelle fois son bras sur le buisson, juste au-dessus de la première blessure.
Le lieutenant Green cligna des yeux et regarda les deux blessures sur son bras gauche, par lesquelles perlaient quelques gouttes de sang. Il tenait son poignard dans sa main droite, la lame était souillée du même sang, son propre sang. Il compta les quatre cicatrices dessinées sur son bras, vestiges de ses précédentes rencontres avec les Sirènes, et se leva lentement. Il était sur Darwin, pas sur Catachan, il était âgé d'une bonne centaine de saisons et n'était plus un enfant. Kaitlin avait succombé à la Peste des Marais trois saisons après leur mariage. Regardant autour de lui, il vit ses hommes accomplir le même type de rituel destiné à les protéger contre la sorcellerie ennemie. Skorp se donnait des coups sur le nez et commençait même à saigner. Slanter passait sa peau sur la veilleuse de son lance-flammes, en la laissant juste assez longtemps pour sentir la douleur mais pas trop pour ne pas se brûler profondément. Del Rio avait les yeux fermés et murmurait des mots qui ressemblaient à une prière à l'Empereur.
Green aperçut alors Nostradimicus. De tous les humains présents, il aurait pensé que le psyker était le mieux armé pour lutter contre cette menace psychique, mais en l'observant un peu mieux, il était clair que ce n'était pas du tout le cas. Son visage semblait transfiguré, ses lèvres étaient légèrement ouvertes et ses yeux contemplaient quelque chose que lui seul pouvait voir. Il commença à murmurer des mots que Green eut tout d'abord du mal à entendre.
"Douce chaleur," marmonnait-il. "Intense lumière, immense beauté. Douce chaleur, intense lumière, immense beauté." et il continuait le même credo d'une manière ininterrompue. Green se demanda de quoi le psyker voulait parler.
" La Lumière m'attend, elle m'appelle," dit Nostradimicus en se levant d'un bond, puis il se mit à marcher à grandes enjambées.
"Cachez-vous, idiot !" lui lança Green d'une voix basse mais autoritaire, et il attrapa la robe du psyker au moment ou celui-ci passa à côté de lui. Nostradimicus s'arrêta, tourna doucement la tête et regarda Green droit dans les yeux, mais son regard était absent. Lentement, le psyker leva une main pour venir toucher du bout des doigts le front du lieutenant qui sentit immédiatement une intense douleur lui vriller le cerveau. Green résista autant qu'il le put mais dut finalement lâcher la robe et, secouant la tête pour retrouver ses esprits, il vit le sorcier disparaître entre les buissons.
"Va au diable !" marmonna Green avant de poursuivre à voix haute en s'adressant à son peloton. "OK, tout le monde ! L'ennemi sera là dans quelques minutes, préparez-vous, ça va barder !"
Green attrapa le bolter passé en bandoulière sur son épaule, vérifia que le chargeur engagé était plein et releva le cran de sûreté. Donnant le signal à ses hommes, il se dirigea vers la route, suivi de près par son escouade QG. Les autres unités se repliaient elles aussi. Green entendit le vacarme que faisaient les trombes d'eau qui s'abattaient sur la route et il vit que la chaussée était complètement inondée. Barker, sur sa droite, voulut lui crier quelque chose mais ses mots furent masqués par le tonnerre. Green lui fit signe de répéter.
"Mouvement... ennemi... vers... le... nord !" cria à nouveau le sergent en utilisant ses mains comme un porte-voix.
"On traverse, Grave reste en arrière !" ordonna Green.
Barker et ses hommes s'élancèrent en soulevant d'énormes éclaboussures sur la chaussée détrempée et disparurent dans les buissons de l'autre côté de la route.
Green vit sur sa gauche que le sergent Grave avait positionné ses hommes pour le couvrir et il courut à son tour à découvert. La pluie le trempa jusqu'aux os et l'aveugla presque tant elle était violente. Skorp cavalait à côté de lui lorsqu'il hurla de douleur et s'écroula dans les eaux en furie. Green s'arrêta net, attrapa la main que lui tendit le radio et l'aida à se relever.
"Ça va, je suis juste tombé dans un trou !" cria Skorp en se remettant sur ses pieds. Le jeune Catachan souriait de toutes ses dents et fit signe à Green qu'il n'avait pas besoin de son aide. Celui-ci en profita pour regarder autour de lui et vit que les autres escouades traversaient elles aussi ce qui n'allait pas tarder à devenir un torrent infranchissable et qui commençait à charrier toutes sortes de débris. L'officier reprit sa course vers les arbres, plongea à couvert et fut soulagé de s'y sentir à nouveau en sécurité. Il n'avait parcouru qu'une vingtaine de mètres à découvert, mais cela lui avait semblé une éternité. A présent qu'il était à nouveau sous les arbres, il était à l'abri de l'ennemi et de la pluie.
Il s'enfonça un peu plus parmi les buissons. D'où il était, il pouvait voir la route et les hommes de Graves. L'escouade était restée en arrière-garde, dissimulée entre les troncs juste en face de lui mais de l'autre côté de ce qui avait été la route de Boden et qu'il convenait maintenant d'appeler la rivière Boden. Le lieutenant n'attendit pas longtemps, à peine une minute ou deux, avant que Grave et son escouade n'ouvrent le feu. Ils commencèrent par quelques tirs sporadiques et à relativement longue portée, mais ils se mirent bientôt à tirer en rafales et une fusillade nourrie éclata entre les arbres. Green ne voyait pas contre qui ils se battaient mais il savait par expérience qu'il n'était pas aisé de venir à bout des zombies. Le fusil laser était une des armes les plus puissantes qui soient mais il fallait quand même plusieurs tirs pour estropier suffisamment ces créatures et les mettre hors de combat. Même dans cet état, certaines continuaient à ramper vers leurs proies pour les attraper.
Green parcourut la route du regard et vit qu'un groupe ennemi sortait d'entre les arbres à une vingtaine de mètres sur sa droite. La pluie battante l'empêchait de les compter mais Green estima qu'il y en avait une dizaine et il savait que s'il ne faisait rien, ils prendraient Grave et ses hommes à revers. Les zombies étaient peut-être idiots, mais ceux qui les contrôlaient ne manquaient pas de sens tactique.
"Cibles sur la droite !" cria Green à ses hommes en épaulant son bolter et en visant entre les branches secouées par le vent et les trombes d'eau. Il appuya sur la détente et sentit le recul familier de l'arme contre son épaule, accompagné par la succession de détonations. Les projectiles traçants frappèrent une des créatures en pleine poitrine avant d'exploser et projetèrent le zombie à plusieurs mètres en arrière. La lisière des arbres sembla s'embraser lorsque les hommes de Green ouvrirent le feu sur les gardes impériaux possédés.
Green reporta son attention sur l'escouade de Grave qui était engagée au corps à corps et tranchait des membres entiers à grands coups de poignards. Il vit aussi deux de ses hommes disparaître sous la marée de zombies. Grave tenta d'arracher son poignard du corps d'un zombie lorsqu'une autre créature l'attrapa par le cou, le souleva du sol et le projeta dans les flots furieux comme une poupée de chiffon. Même des combattants aussi endurcis que les Catachans ne pouvaient résister éternellement face à un tel ennemi. Green vit un autre groupe déboucher sur sa gauche et réalisa que l'ennemi tentait de le prendre en tenailles. Ces créatures avaient été envoyées pour les débusquer et arrivaient maintenant pour la mise à mort.

Green bascula son bolter en tir continu et appuya sur la détente, arrosant les rangs serrés de l'ennemi d'une pluie de balles explosives. D'autres zombies tombèrent lorsque le bolter lourd de l'escouade Barker se joignit à lui, arrachant les membres et faisant exploser les têtes. Les zombies arrivaient toujours plus nombreux, marchant sans se soucier des branches qui déchiraient leurs restes d'uniformes ni des racines qui les faisaient trébucher. Chaque groupe sortant de sous les arbres était accueilli par un feu nourri de la part des gardes impériaux. Plusieurs dizaines d'entre eux furent renversées par les bourrasques de vent et emportés par les tourbillons du torrent mais la masse poursuivait inlassablement son avance et n'était plus qu'à quelques mètres de l'autre côté de la route. Juste à gauche de Green, del Rio ne restait pas sans rien faire. Le diplomate faisait preuve d'une grande habileté au tir et chaque projectile de son pistolet d'apparat faisait mouche. Marquant une pause pour engager un nouveau chargeur dans la crosse de son arme, il se tourna vers Green.
"C'est plus facile quand l'autre ne riposte pas, n'est-ce pas ?" Puis il reporta son attention sur la horde. Green n'eut pas le temps de répondre et vida un chargeur de balles explosives, abattant une autre poignée d'ennemis. Les Catachans contenaient à grand-peine la marée de décérébrés et ils ne tarderaient pas à connaître le même sort que Grave et son escouade.
Green entendit alors un rugissement de turbines et vit des faisceaux de gyrophares déchirer le rideau de pluie. Le bruit devenait de plus en plus fort et, surpris, il leva la tête tout en continuant de tirer. Trois énormes réacteurs à plasma descendaient lentement vers le sol, arrachant des geysers de vapeur aux eaux du torrent et transformant en torches ambulantes la horde de zombies. La navette se posa doucement et les larges portes d'embarquement s'ouvrirent. Les hommes du peloton s'élancèrent vers l'appareil avant même que Green n'en ai donné l'ordre, le lieutenant resta en arrière avec l'escouade de Cure-dent pour couvrir tout le monde, lâchant rafale après rafale sur les groupes de zombies qui apparaissaient le long de la route. Green fit ses comptes et constata que dix-huit hommes manquaient sur cinquante, dont Berin, le pilote de la première navette. L'officier dut admettre qu'il s'était trompé sur le compte de del Rio lorsqu'il vit l'imposante silhouette du diplomate suivre le mouvement en courant lourdement.
"Tout le monde à bord !" ordonna Green à Cure-dent. Ce dernier voulut protester mais il se ravisa et fit signe à ses hommes qui décrochèrent tout en tirant de longues rafales sur les zombies les plus proches.
"On y va, mon lieutenant !" cria Cure-dent en tapant sur l'épaule de Green. Le rugissement des turbines montait en fréquence et l'engin s'apprêtait à reprendre l'air. Le sergent attrapa son supérieur par la ceinture et l'entraîna vers la navette. Green recula jusque sur la rampe et la navette décolla dans un vacarme assourdissant. Le sol s'éloigna progressivement et la rampe d'accès commença à se refermer, Green était épuisé, il laissa tomber son arme au sol et s'appuya contre la cloison.
Il entendit soudain quelque chose heurter la rampe, il se retourna et fut cloué de surprise lorsque son regard croisa celui de Nostradimicus. Le psyker était accroché à un des vérins hydrauliques, ses robes étaient détrempées et l'eau de pluie ruisselait entre les tatouages de son crâne. Le sorcier progressait le long du vérin alors que celui-ci continuait à pousser la porte vers le haut, son regard ne quittait pas celui de Green. Le psyker n'était plus qu'à un mètre du rebord de la rampe lorsque Green remarqua que quelque chose était dissimulé sous la robe pourpre, à hauteur du cou. L'encolure s'ouvrit légèrement et Green aperçut dans la lumière furtive des gyrophares une sorte de pieuvre qui était enroulée autour du cou du psyker, ses tentacules plantés dans sa gorge et disparaissant sous la peau. Dans un ultime effort, Nostradimicus parvint à passer ses avant-bras sur le rebord de la rampe. La lourde porte était sur le point de se fermer lorsque le visage de Nostradimicus apparut une dernière fois, mais le regard dans lequel plongèrent les yeux de Green n'était plus le sien. L'officier impérial se retrouva pour la première fois face à une Sirène et il en frissonna d'horreur.
Dans un sinistre craquement, la rampe se referma complètement, sectionnant net les avant-bras du psyker qui tombèrent aux pieds de Green. On entendit un dernier choc de l'autre côté de la rampe puis plus rien, à part le rugissement des turbines. Green mit quelques instants à retrouver son souffle et s'assit par terre, la tête posée sur les genoux.
"Vous êtes bon pour une garde de nuit, mon lieutenant" entendit-il quelqu'un déclarer. Il releva la tête et vit Cure-dent agenouillé près de lui, désignant du doigt les mains ensanglantées du psyker.
"Quoi, quelle garde de nuit. ?" parvint-il à articuler avant de comprendre que le sergent lui montrait les longs ongles torsadés. Il vit qu'ils étaient tous là, tous les dix et intacts. Il regarda à nouveau Cure-dent et tous deux partirent dans un fou rire qui se communiqua peu à peu autour d'eux jusqu'à del Rio. Le gros diplomate ne comprenait pas vraiment la cause de cette hilarité générale mais il riait quand même, soulagé qu'il était d'être encore en vie. Ce fou rire mit pas mal de temps à se calmer.

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